
Le Parti Pirate Français
Ce dimanche 20 septembre se tiendra une élection législative partielle dans la 10e circonscription des Yvelines, suite à la démission de Christine Boutin de son poste de député. C’est l’occasion pour le Parti Pirate de présenter son premier candidat et de sortir de la sphère Internet.
Alors que la loi Hadopi vient juste d’être adoptée par le Parlement et par la commission mixte paritaire, elle sera soumise à un vote définitif mardi 22 septembre pour une adoption par l’Assemblée nationale. Face à cette opportunité, le Parti Pirate a décidé de faire entendre ses revendications par les moyens de la République.
Le Parti Pirate : qui sont-ils ?
Maxime Rouquet, étudiant ingénieur en informatique à l’université d’Orsay, n’a que 23 ans et se retrouve aujourd’hui candidat à la députation dans les Yvelines. Fondé en juin 2006 en France, dans la ligné du Parti Pirate Suédois lancé quelques mois plus tôt, le Parti acquiert son statut d’association en mars dernier. Il prône la redéfinition de la propriété intellectuelle, la reconnaissance et la protection du droit à la culture, la défense des libertés individuelles, l’interdiction des brevets sur le vivant et sur les logiciels ainsi que la promotion de modèles de création et de production coopératifs et communautaires.
Dans le but de permettre aux citoyens de se rapproprier la culture et l’information, ils exigent que puisse s’instaurer un débat équilibré, démocratique et surtout exempt d’intérêts privés
En effet, depuis 2007, la connivence entre le pouvoir, les média et les différents intérêts industriels donne un rôle de plus en plus important et nécessaire aux média numériques et à la libre expression sur Internet. Fondé sur la neutralité et le partage, le réseau mondial est pourtant régulièrement menacé pour les citoyens français à l’aide de lois douteuses et fumeuses comme la LCEN, DADVSI, maintenant Hadopi et prochainement Loppsi. Sous prétexte de protéger le monde artistique, le lobby industriel de la musique et du cinéma pousse le gourvernement à mettre en place un flicage généralisé sur le net ainsi qu’un réponse répressive de plus en plus absurde.
Interview
Maxime Rouquet et Laurent Le Besnerais, son suppléant, ont bien voulu répondre à nos quelques questions concernant le parti et leur candidature.
Combien de membres compte votre association et quel est leur profil ?
Il est difficile de donner une réponse exacte du nombre de nos sympathisants tant que nous n’avons pas ouvert les adhésions, ce qui interviendra dans les prochaines semaines. Nous avons plusieurs centaines de membres inscrits sur le forum, dont une centaine qui participent activement et régulièrement. A l’origine le Parti Pirate était composé de citoyens choqués par la loi DADVSI en 2006, qu’il s’agisse d’informaticiens conscients de son absurdité technique, d’artistes n’acceptant pas qu’on poursuive leurs fans de 3 ans de prison et 300 000 euros d’amendes, ou tout simplement d’internautes constatant que le gouvernement conforte les industries du divertissement dans leur immobilisme et aide à faire durer le plus longtemps possible un modèle voué à disparaître. Nos sympathisants sont globalement les plus sensibilisés aux nouvelles technologies et aux possibilités de liberté offertes par l’émergence d’Internet, ils sont souvent utilisateurs voire concepteurs de logiciels libres, nous sommes aussi beaucoup soutenus par des artistes sous licence libre. Quant à leur age, nous l’estimons entre 20 et 30 ans. Nous avons d’ailleurs ouvert une section spécialement dédiée aux plus jeunes d’entre nous (les - de 18 ans), le PP Jeunes.
Avez-vous eu des retours des autres candidats sur votre action ?
Les autres partis ont été très surpris par notre candidature. La plupart l’ont accueillie avec curiosité, et certains représentants nous ont approché pour comprendre nos motivations et notre démarche. Qu’il s’agisse des citoyens comme des autres partis, nous n’avons jusqu’à présent reçu aucun témoignage d’hostilité à l’égard de notre action, à l’exception des syndicats des industries de la musique et des ministres qui défendent leurs intérêts. La plupart de ceux qui découvrent le Parti Pirate sont interpellés mais nous témoignent leur sympathie, quel que soit leur bord politique. Si certains sont choqués en nous découvrant, ce n’est pas à cause de nos revendications, mais parce que nous sommes avant tout des citoyens qui ressentent le besoin de défendre eux-même leurs droits et libertés fondamentales dans les urnes, et que notre existence est déjà en soi un avertissement pour la classe politique dans son ensemble et pour la majorité en particulier.
Vous vous dites ni de gauche, ni de droite, et focalisés sur les libertés numériques, mais si vous étiez élus, quels seraient vos votes sur les questions de santé, d’économie et tout ce qui ne touche pas au monde numérique ou à la propriété intellectuelle ?
Notre programme se résume en trois points principaux : la défense des droits et libertés fondamentaux (vie privée, liberté d’expression et de communication, présomption d’innocence…), la libération de la culture (adapter le droit d’auteurs à l’évolution de la société et Internet, permettre le libre-échange hors cadre commercial, mettre en place de nouveaux modèles de rémunération tirant partie des possibilités d’Internet et bénéficiant avant tout aux artistes, rendre aux artistes le contrôle de leurs œuvres…), et enfin la réforme des brevets et la lutte contre les monopoles privés (notamment l’interdiction des brevets sur les logiciels et le vivant).
Il y a beaucoup de lois ou de points de chaque loi qui sont concernés par ce programme, et la présence d’un député pirate permettra de dénoncer les passages de chaque loi posant problème. Par exemple nous aurions eu beaucoup à dire sur la loi sur les radars automatiques qui instaure entre autres une présomption de culpabilité (si on flashe votre numéro sur une fausse plaque d’immatriculation, ce sera à vous de vous débrouiller pour prouver votre innocence), et cette loi n’a pourtant pas de rapport direct avec Internet ou les droits des auteurs.
Nous considérons anormal de prendre position sur des questions que l’on ne maitrise pas. Nous déplorons ainsi que le gouvernement ne consulte pas de spécialistes en informatique pour légiférer sur Internet. Nous voulons que les lois soient préparées en tenant compte de l’avis des concernés, par exemple pour Hadopi il faudrait interroger des experts en informatique, et des associations représentant les citoyens (notamment les internautes) et les artistes. Or le gouvernement a confié sa première version au PDG de la FNAC et la nouvelle mission “HADOPI 3″ est composée de 7 représentants des syndicats des industries, mais toujours aucun représentant des citoyens ou même des artistes. Nous dénonçons cette démarche. C’est pourquoi le Parti Pirate ne s’exprime que sur les sujets où il est compétent.
Une autre possibilité est proposée par la démarche du député suédois Christian Engström au Parlement Européen, qui a rejoint le groupe des Verts. Il a passé un accord stipulant que sur toutes les questions où le Parti Pirate s’exprime, l’ensemble du groupe suivra ses recommandations. En contrepartie, sur les sujets où il n’aura pas les compétences pour juger, il fera confiance aux Verts et suivra la recommandation du groupe. Cette démarche permet aux idées du Parti Pirate d’être aujourd’hui défendues par des dizaines de députés. Le Parlement Européen est néanmoins très différent de l’Assemblée Nationale, où il y a moins de groupes et où un tel accord est plus difficile à envisager. Et le Parti Pirate tenant à rester indépendant et à ne pas prendre position sur l’échiquier gauche/droite, rejoindre un groupe parlementaire sera plus délicat en France.
En cas d’échec ou de réussite, quels sont les projets à venir pour le Parti Pirate ?
Il s’agit de notre première candidature, il y a trois semaines personne ne nous connaissait, et nous n’avons pas pu faire de distribution de tracts ou même d’affiches. Quel que soit le résultat, ce sera déjà un signal fort, et nous ne pourrons espérer que progresser par la suite. Nous nous présenterons à toutes les élections à venir où nous aurons suffisamment de candidats, qu’elles soient nationales comme ces législatives ou même locales. Le Parti Pirate a aussi sa place dans les discussions locales, comme sur l’implantation de caméras de surveillance, de machines de vote électronique, ou tout simplement le parc culturel avec les bibliothèques, les théâtres, les cinémas… Cette élection n’est qu’un début et comme expliqué plus haut, nous allons d’abord continuer en lançant notre campagne d’adhésion pour préparer le terrain.
interview effectuée par mail le 18/09/2009
Plus d’infos sur le site de la campagne du Parti Pirate et sur le site du Parti Pirate
En tant qu’artiste engagé pour la libre circulation de la culture ayant réalisé un album sous licence Creative Commons, en tant qu’ancien stagiaire chez Jamendo, en tant que développeur de logiciels libres et en tant que citoyen français encore libre, au nom de Bordel Ambiant, je soutiens Maxime Rouquet dans sa candidature.
Et pour illustrer l’incompétence de nos députés sur les questions numériques et l’utilité du Parti Pirate :
Actu, Société