Mythos Dresden - Acte 6 
Cet article fait suite à la cinquième partie et est la conclusion de mon voyage jusqu’à Dresde.
20h36, près d’Erfurt.
Et bien, ça y est ! Belle aventure aujourd’hui. J’ai commencé par retourner à Gießen à pied. 2h de route, ça m’a fait les pieds, c’est le cas de le dire. Je suis repassé devant le village américain et j’ai revu le garde. Il m’a souhaité bonne chance et je suis reparti. 500 mètres plus loin, j’ai trouvé un petit coin pour manger mon riz au cube, riz³ tiens ! J’ai ensuite fait du stop pour aller à Alsfeld.
Un jeune pas très aimable m’a pris et déposé 10km plus loin à un endroit un peu pourri. J’ai attendu un peu mais finalement un mec m’a pris et déposé à Grünberg, à 20km de Gießen. Il m’a laissé à un arrêt de bus à la sortie du bled. Parfait. J’ai encore attendu près d’une demi-heure avant que Flo, un mec de 33 ans me prenne dans son pickup. Un mec super cool, dessinateur ou sculpteur je crois, qui retape sa maison qu’il a acheté il y a un an. Il m’a amené jusqu’à Kirchheim, directement sur l’autoroute. Il m’a dit que ça serait plus facile pour avancer et faire du stop. Il m’a aussi dit de demander aux gens à la station essence pour m’amener à Erfurt.
Il y avait deux jeunes, un mec et une fille, assis à coté. Je leur ai demandé s’ils faisaient du stop mais ils m’ont dit qu’ils attendaient des amis qui venaient les chercher.
On a un peu discuté, toujours les mêmes choses : où tu vas, d’où tu viens, t’es étudiants ?
J’ai demandé aux gens à la station mais personne n’allait à Erfurt ou ne voulait m’emmener. J’ai demandé un bout de carton à la station et j’ai enfin pu avoir mon panneau “ERFURT/DRESDEN”. Finalement, c’est un peu par hasard qu’un mec, Udo, m’a demandé où je voulais aller, à l’entrée de la boutique. Il m’a embarqué avec lui jusqu’ici.
Mais Udo, c’est un personnage intrigant et extraordinaire.
Sa voiture était pleine de cartons de cartouches de cigarettes. Le coffre, les sièges arrières, des clopes partout. Il a été difficile de trouver de la place pour mon sac. C’était bizarre qu’un mec qui a tout l’air d’un contrebandier me prenne en stop. Et puis on a commencé à discuter chemin faisant. Je lui ai raconté d’où je venais, où j’allais. Je lui ai parlé de mon souhait de retrouver Silja à Hanovre.
Silja était ma correspondante allemande en 4e, j’étais allé chez elle et elle était venue chez moi à l’époque. Je m’étais dit que tant qu’à aller en Allemagne, je pourrais passer la voir à Langenhagen, à coté d’Hanovre. Il se trouvait juste qu’on avait pas échangé de nouvelles depuis des années donc je ne savais pas si elle avait bougé.
Et puis, de fil en aiguille, il s’est détendu, allant même jusqu’à rigoler. Et puis, il a fait quelque chose de génial. Il m’a demandé le nom et l’adresse de Silja et puis il a appelé les renseignements pour avoir le numéro. Apparemment personne n’avait le téléphone à cette adresse. Et puis, il a appelé ceux qu’il a nommé “meine Leute”, ses hommes de main ? Il m’a dit qu’ils avaient des moyens pour retrouver les gens. Si ça fait pas mafieux tout ça, je sais pas ce que c’est. Ou alors il est agent secret. Il est d’abord tombé sur les grands-parents. il m’a passé le téléphone mais j’ai rien compris, je ne savais même pas qui j’avais au bout du fil à ce moment là. Il a repris le téléphone, rappeler ses “collègues” je crois et obtenu le numéro de Nina, la mère de Silja. Il lui a expliqué la situation et le me l’a passé. Elle se souvenait de moi. On a discuté une minute puis elle m’a souhaité un bon voyage. Au passage Udo a récupéré le numéro de Silly, qui vit maintenant à Berlin. Wunderbar. Je l’appelerai de Dresde. En tout cas, ça m’évitera un détour à Hanovre du coup.
Il m’a aussi dit de l’appeler à Berlin parce qu’il pourrait peut-être me prendre et m’amener jusqu’à Strasbourg pour le retour. Il est trop cool ce mec, mais un gars qui voyage autant, qu’a qu’un portable, pas de fixe, si c’est pas un mafieux, je sais pas ce que c’est !
Il m’a déposé à une station sur l’autoroute. Je vais voir si je cherche à aller jusqu’à Dresde maintenant ou si je dors là. Il reste un peu plus de 200km à faire. A 180km/h, je pourrais y être rapidement. Je vais voir, en attendant, y’a des routiers à ma table, c’est marrant même si je comprends rien. J’ai mangé à la station, la flemme de faire du riz.
22h30
Je suis toujours à ma table à la station service. Je cherche quelqu’un allant à Dresde mais en vain. Je préfèrerais arriver cette nuit, quite à dormir dans la rue ou faire une nuit blanche, au moins je serais sur d’y être.
Là il fait maintenant complètement nuit, ça va être folklo de planter la tente dans le noir.
Je crois que je profite de la convivialité des routiers. Malheureusement, ils ne vont qu’à Weimar demain.
Nuit noire pour nuit noire, je vais tenter encore un moment de trouver quelqu’un qui m’amène à Dresde.
En fait, je viens de lire la carte de visite d’Udo. Il est représentant en distributeur de clopes et en jeux automatiques. Ca explique certaines choses, mais ça empêche pas que ça soit une vitrine pour blanchir l’argent
25 juillet 2006 5:45, la station
J’ai dormi dans un petit parc à coté de la station. Par peur d’être jeté, j’ai mis le réveil à 5h. Là je prends mon ptit dej à la station. Je me suis endormi vers 1h, réveillé une fois à 3h. Il est indispensable que j’arrive à Dresde aujourd’hui.
Hormis les ampoules, l’odeur de mes pieds est horrible, j’ai des mycoses ou je sais pas quoi. Vivement le prochain bain.
Il est maintenant 6h et y’a des mecs qui bouffent des saucisses. Mais comment font-ils ?
Je n’ai pas vu ce film, mais je me sens un peu comme Tom Hanks dans le terminal. J’ai l’impression que je ne vais jamais partir d’ici. Toujours le même problème : entre supporter la voiture et rester dans cet endroit que je connais, maintenant j’avais plutôt tendance à choisir la 2e option. De toute façon, je vais lentement prendre le temps de me réveiller.
J’entame mon 6e jour en Allemagne. Là je peux vraiment dire que le périple a commencé. J’en chie. Heureusement que y’a du café, du coca et de la red bull ici !
Je me suis fait une belle pancarte “CHEMNITZ./DRESDEN”. J’attends d’avoir les trippes en place et j’attaque. Il est déjà 7h et je suis complètement dans le gaz.
Chose bonne à savoir pour tout voyageur allant en Allemagne : les canettes sont consignées. En les ramenant à la caisse on récupère 25 centimes. Ca va faire 12h que je suis ici. J’arrive pas à décoller, j’ai trop le ventre explosé. Il va pourtant bien falloir, je ne referais pas une nuit ici. Je veux être chez Seb avant ce soir.
Je me rends compte que je n’ai pas évoqué pourquoi j’allais à Dresde. Seb, un vieux pote, était en Erasmus depuis 6 mois à Dresde, ce qui en faisait un très bon point de chute et la raison pour laquelle j’allais vers Dresde. Il fallait juste que j’arrive avant mi-août, période à laquelle il repartait en France.
9h53
Je suis sur mon rocher à la sortie de la station depuis 2h. Quatre espagnoles m’ont proposé de m’amener jusqu’à Gera, mais j’ai refusé, comme un con. Leur voiture était déjà pleine et je ne voulais pas voyager trop inconfortablement. Je suis stupide, j’aurais avancé de 90km.
12h15, Jena
Je viens de faire 70km avec un mec pas trop joyeux, mais bon. Plus que 150km avant Dresde, en plus l’aire de repos où je suis est blindée, ça devrait pouvoir se faire. Par contre, j’ai pas le bide très bien accroché là. Avec mes 4h de sommeil, je lutte un peu en voiture. C’est con pour un auto-stoppeur. Je vais ptet manger un petit bout ici. Prendre mon temps. Hormis le temps qu’il va me falloir pour être pris, il ne doit rester qu’une heure de route.
J’ai une grosse chance d’arriver dans l’après-midi.
Je suis juste avant l’échangeur qui séparent l’autoroute pour Dresde et celle pour Berlin. Peut-être que tout le monde va à Berlin. Ca serait con.
J’ai mal au bide.
Tout à l’heure, à la station près d’Erfurt, deux jeunes dans une belle voiture ont me prendre et ils ont commencé par me demander si j’avais mon permis de conduire. Ils ont aussi réagi quand une bagnole de flic est passée. Finalement, ils m’ont dit que ça allait pas le faire. Heureusement.
26 juillet 2006 13:25, Dresden
Ca y est, j’y suis ! Alors pour reprendre de l’échangeur, j’ai discuté un peu avec un autre auto-stoppeur allemand, avec des vendéennes, que le monde est petit, et j’ai essayé de dormir. En vain. Elles m’ont proposé de me déposer sur l’autoroute à Dresde, mais j’ai refusé, étant pas encore très bien. Et puis de l’autoroute à Dresde même, je savais pas si ça allait être facile. Finalement je me suis remis au stop vers 15h je crois, peut-être un peu avant, et au bout de plus d’une heure, un mec sympa m’a pris. Il m’a déposé à l’entrée de Chemnitz, 70km avant Dresde. Il y avait beaucoup de voitures mais peu qui prenaient la bretelle d’autoroute, et peu avec “DD” (pour Dresden) sur leur plaque. Finalement une fille de 21 ans, vendeuse de lingerie, m’a amené jusqu’à Dresde. On va d’ailleurs être correspondant, elle en a toujours voulu un et ça me fera bosser l’allemand. Katja m’a déposé à 2 rue de la Martin Luther Platz et à chaque pas, c’est un gigantesque sourire qui se dessinait sur mon visage. J’arrive au 39 Martin Luther Straße, je descends un peu la rue et je reconnais la “Wege” avec ses graphes sur la façade. Je sonne, Manuel me répond par la fenêtre et 1 minute après, Seb m’ouvre. Le bonheur de le retrouver enfin.
La “Wege” est une maison dans la Neustadt avec 3 étages. Ils sont 7 à vivre ici en coloc et il y a plus qu’un air d’auberge espagnole. Des allemands, français, italien, russe, chinois, le cosmopolitisme de la Wege est à l’image de la Neustadt.
Hier soir, nous sommes allés squatter à Alaun Park pour manger le repas thaï que nous avions acheté en route. Ce parc est fantastique, il a des dizaines de personnes qui sont là avec leur petit barbecue, à jouer au freesbee, à jongler, à boire de la bière. Ici, pas besoin de télé, d’internet, de bar, il suffit de sortir et faire 200m pour passer du bon temps avec ses amis et rencontrer du monde. Les gens sont très ouverts ici, on peut discuter avec n’importe qui quasiment.
Seb m’a ensuite montré un squat en face de la maison puis nous avons discuté dans la cuisine avec Manuel et Tom.
Ce matin, on est passé prendre le petit dej chez le bäckerei puis on est allé prendre un café quelques rues plus loin. Là, on a rencontré Raphaël, un danseur français, qui est arrivé ici il y a 3 jours. On a aussi discuté avec Patrick, le vendeur d’un magasin de disques du quartier. Toute la beauté de la Neustadt réside peut-être dans le fait qu’il n’y a pas besoin d’en sortir pour vivre. On croise rapidement plusieurs fois les mêmes personnes. Comme le disent Seb et Manuel, c’est un village dans la ville.
J’aime vraiment beaucoup cet endroit. Il y a un coté ancienne Allemagne de l’Est un peu délabrée par endroit, mais les gens on l’air heureux, ouverts. Tout le monde est heureux d’y vivre et de se retrouver. S’il n’y avait pas VoX, je resterais plus longtemps pour voir si je ne peux pas y travailler.
C’est ici que s’arrête mes notes. Ensuite, j’ai passé trois semaines de bonheur dans la Wege, dont la dernière semaine sans Seb, qui était rentré en France. J’ai repris la route du retour vers la fin août, ayant décroché un entretien d’embauche à Nantes. Je devais passer par Chamonix faire une journée de rando avec mes parents mais ma pseudo infection urinaire a dégénéré sur la route du retour jusqu’à ce que je me retrouve à pisser du sang. Un peu en panique j’ai pris un billet de train Nüremberg - Nantes et je suis rentré en 12h. Au final, je souffrais de cristaux dans les reins dus à la déshydratation.
Ce voyage d’un mois et demis aura pleinement rempli son rôle. J’ai voyagé au travers des pays, des gens et de moi-même et je suis rentré requinqué. Suite à un rêve après être rentré, où j’étais à nouveau dans la Wege, j’ai décidé de me mettre en coloc à Nantes et ce pendant 2 ans et demi. Depuis 1 mois et demi, je revis à nouveau seul et c’est une page que je tourne en racontant ce voyage qui me marquera pour longtemps.
Aujourd’hui, je n’ai plus de contact avec qui que ce soit rencontré sur la route. Il n’y a plus que Seb que je revois de temps en temps. Je ne suis jamais allé voir Silja à Berlin, n’ayant plus le courage de partir de la Wege et n’ayant pas senti un engouement exacerbé dans sa voix quand je l’ai appelée.
Dans le train du retour, j’ai écrit ce qui sera l’avant dernière chanson de VoX : Mythos Dresden.
Dans le wagon de l’ennui
Filan au creux de ton Rhin
Du fond du pays de l’oubli
Je fuis, je suis cuit.Et tant que je n’y perds que ma langue
L’ami Goethe n’a pas à être fier
Mais quand j’y laisse mon cœur
Ce sont ses serres qui m’agrippent et me ferrent.Pars, reste
Seulement après mon départ
Retiens moi, attrape moi par la main
Et arrache la !
Car la bague à mon doigt me dit
Que je suis marié
Mais je ne sais pas à qui
Alors dites moi où je dois m’enterrer.Je ne peux oublier les pavés
Sans métro quand bien même
Kein Ersatz, je l’affirme
J’y ai vécu et pourri trois semaines.Alors Elbe, arrête-toi
N’engloutis pas Dresde la mythique
Il y a là-bas quelques mondes
Que les bombes ont manqués.Me croiras-tu quand je te dirais
Que je n’ai jamais vu la pluie
Au 27 rue Martin Luther
Le froid reste dehors et nous buvons sans lui.
Pour l’histoire aussi, Mythos Dresden était le nom d’une exposition sur Dresde que nous sommes allés voir au Deutsches Hygiene Museum retraçant l’histoire de la ville.
La Neustadt est le nom du quartier où j’ai vécu, ce qui signifie “nouvelle ville” en allemand. Ce nom est en opposition à la Altstadt qui est le cœur historique de Dresde, la Neutstadt datant de l’après-guerre.
Un événement intéressant, que j’ai malheureusement raté, est la BRN (pour Bunte-Republik-Neustadt, qui pourrait se traduire par La république colorée de la Neustadt), une sorte de festival rock/punk/anar/toutcequevousvoulez qui met tout le quartier en effervescence chaque année depuis 1990. Sur fond de revendications politiques, la musique et la liberté envahissent le quartier pendant quelques jours fin juin. Il y a même un mouvement pour l’autonomie de la Neustadt d’après ce que j’ai entendu là-bas. Pour les germanophones : http://www.brn-dresden.de/
En espérant vous avoir fait voyager à mes cotés.
A bon entendeur, Tschüss !

Je suis entré hier soir dans ce bar à vin où en 5 minutes, Nicole, une femme enceinte de 36 ans, m’a convié à la Stammtish, la table des habitués. Elle devait juste être employée ici, Krystel (encore une) devait être la gérante. Nous avons alors discuté autour d’un verre de vin et ce, malgré mon allemand encore déplorable. Elle m’a aussi offert une glace en plus des verres que je n’ai pas payés. A ce moment là, je ne m’inquiétais plus d’où j’allais dormir, ca m’était égal. C’est alors qu’elle m’a proposé de planter ma tente dans son jardin. C’était inespéré et j’étais pas bien sûr d’avoir compris. Entre parenthèses, le bar était magnifique, tout en bois, accueillant, calme, tout ce que j’aime.
Il était quasiment impossible pour moi de ne pas écrire d’article sur la disparition du “King of Pop”…
J’ai marché sous le cagnard jusquà Saarburg où j’ai décidé de prendre mon temps. J’ai mangé sur un parking au bord de la route avant d’entrer dans la ville. Je me suis ensuite assis à l’ombre au bord de la Saar, je suppose, et je n’ai pas résisté à ma première Spaghetti Eis depuis 9 ans.
J’ai tenté le stop à la sortie d’Hermeskeil mais je ne le sentais pas. J’ai donc marché 3km jusqu’à la route de Morbach. Là, j’ai été pris et déposé quelques kilomètres plus loin. Après plus d’une demi-heure d’attente et avoir retourné mon sac pour cacher mon drapeau français, un gentil père de famille m’a pris. Il y avait aussi son fils il me semble et une amie de son fils. Il m’a dit qu’il avançait au-dessus de Mainz, ce qui était plus que bien. On a alors roulé un moment, faisant une pause à Simmern où il m’a offert le mac-do puis nous sommes allés jusqu’à Herold je crois pour déposer Clara chez ses parents. Nous avons du traverser le Rhin par le bac, c’était marrant et surtout la région était magnifique.