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D’autres vies que la mienne

par alf 16/04/2009

d_autres_vies_que_la_mienneAuteur: Emmanuel Carrère
Broché: 309 pages
Editeur : POL (5 mars 2009)
Collection : FICTION
Langue : Français
ISBN-10: 2846822506
ISBN-13: 978-2846822503

Régis m’a parlé de ce livre car il en avait lui-même entendu parler. Il m’a dit que ceux qui l’avaient lu avait été profondément touchés, bouleversés, qu’il provoquait une certaine destruction intérieure pour laisser place à la reconstruction. Ce livre est le témoignage d’Emmanuel Carrère sur deux événements qui l’ont touché : le tsunami et la mort de sa belle-sœur.

“D’autres vies que la mienne” nous parle de la mort, de la vie et de l’amour au travers de deux Juliette. La première meurt emportée par la vague au Sri Lanka alors qu’elle n’avait que quatre ans. La deuxième meurt d’un cancer, laissant derrière elle un mari et trois petites filles.

Emmanuel Carrère a ce don pour parler avec justesse, et vous l’apprendrez au fil de mes billets, je chéris la justesse. Chacun y trouvera sa part de vérité mais je vais vous raconter la mienne. L’auteur est un écrivain égocentrique, qui raconte deux histoires sans lien si ce n’est lui-même, la mort et sa métamorphose. Pourtant, il nous raconte avec humilité le courage de sa femme face au désastre du tsunami, lui restant là, penaud. Et puis, il nous transmet avec respect l’histoire de Juliette, sa belle-soeur, au travers du témoignage d’Etienne, un juge d’instance qui travaillait avec elle. Juliette et Etienne ont été de grands juges, à partir de cette affirmation, nous plongeons dans ce que la vie a offert à des gens cassés par la maladie. On flotte au milieu de l’amour entre des hommes et des femmes, entres des parents et leurs enfants, et sur la complicité entre deux collègues.

D’un thème qui pourrait glisser vers le glauque, la mort, on nage dans la beauté des relations humaines, de l’hédonisme et de la vérité dite avec justesse. Les larmes montent aux yeux à plusieurs reprises jusqu’à ce qu’on ne les retienne plus. Sans honte, on pleure de douleur et d’émerveillement en même temps. On se sent mal et bien à la fois et on espère que finalement, l’heure venue, on mourra aimer comme ces gens-là l’ont été.

Des avis et un extrait sont disponibles sur le site de l’éditeur.

Littérature ,

La vague

par gawel 14/04/2009

lavague Film Allemand réalisé par Dennis Gansel
Titre original : Die Welle
Avec : Jürgen Wogel, Frederick Lau
Genre : Drame

Année de sortie : 2009

Dans le cadre d’un cours sur les sociétés, le professeur Rainer Wenger a choisi d’étudier le système autocratique. Il propose alors à ses élèves une démonstration par la pratique, dans une expérience grandeur nature de création d’un régime autocratique. Le but étant de répondre à une question : Une nouvelle dictature serait-elle possible dans l’Allemagne d’aujourd’hui ?

Une expérience vraie

Ce scénario prend son inspiration dans une expérience qui a été bien réelle : La Troisième Vague. Cette expérience a elle eu lieu aux États-Unis en Avril 1967, alors que les élèves du professeur Ron Jones se demandaient comment avait pu naître le régime nazi.

Cette expérience n’ayant laissé que très peu de preuves de son existence, on ne peut que supposer son déroulement. Bien que Ron Jones ait décrit plus tard son expérience, il se peut qu’il ait modifié les faits et beaucoup de doutes demeurent sur ce sujet.

Un contexte différent

Le film prenant place dans l’Allemagne moderne, ajoute un contexte particulier à cette expérience, et répond à une autre question. Si aujourd’hui l’Allemagne est peu fière de son passé, elle tend peut-être à se laisser aller à la lassitude sur la question de la dictature. “On connaît nos erreurs, ça ne se reproduirait pas aujourd’hui”. Mais est-ce aussi simple ?

En quelques jours, le professeur Rainer (ou Herr Wenger) réussit à mettre en place un système autocratique. En mettant en place une discipline (pour la prise de parole, la tenue, …) et une communauté. “La force par la discipline” d’abord, “La force par l’action” ensuite, qui permet aux élèves de se retrouver à créer pour la communauté… Puis à agir. Jusqu’à ce qu’on en arrive aux dérives d’un tel système alors devenu incontrôlable.

L’expérience montrera alors qu’on n’est peut-être pas aussi vigilant que l’on pense. Même si globalement cette histoire n’est que fiction - puisqu’elle sort l’expérience initiale de son contexte - elle a au moins le mérite de poser de bonnes questions. Sommes-nous certains que le pire est passé ?

L’oeuvre quant à elle est bien réalisée bien qu’usant de certains raccourcis un peu faciles. Les acteurs sont bons, et le film utilisant que très peu d’effets, fait montre d’un certain réalisme. Mais on ignore (subjectivité volontaire ?) comment la “Vague” atteint un si grand nombre de personnes alors qu’à la base stigmatisée (on pourrait croire à une lobotomisation), et surtout comment elle en arrive à sortir du contexte écolier pour atteindre certains extrêmes en dehors de l’établissement. Difficile de savoir si ça se passerait dans la réalité, comme décrit dans le film.

Quoi qu’il en soit, La Vague amène à réfléchir, sur la maléabilité de l’esprit (surtout adolescent) et sur notre attachement à la Liberté.

Les expériences psychologiques

La (Troisième) Vague n’est pas la seule expérience psychologique à avoir eu lieu. On peut notamment citer l’Experience de Stanford, mettant en scène des personnes lambda dans des rôles de gardiens/prisonniers. Cette expérience a elle aussi été adaptée au cinéma (dans une production allemande également).

Il y a également eu l’Experience de Milgram étudiant les (ré)actions de personnes soumises à l’autorité et permet de savoir jusqu’où celles-ci sont prêtes à aller.

Quelle sera la prochaine ?

Petit conseil : A voir en VO.

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Hadopi rejetée à l’assemblée

par alf 09/04/2009

Ce jeudi 9 avril, le vote à main levée des 36 députés présents a rejeté la loi “création et internet” avec 21 voix contre et 15 pour. Ce n’est peut-être qu’un sursis mais le gouvernement devra faire une nouvelle proposition de loi devant le sénat puis l’assemblée pour un nouveau vote. Et étant donné le calendrier surchargé des parlementaires, cela repousse au moins à quelques semaines ou mois une nouvelle attaque du lobby des majors dont l’étendard est bravement porté par Mme Albanel et M. Riester.

C’est une bataille gagnée par l’opposition et pour tous les opposants à ce projet de loi tordu mais continuons à rester vigilant, le gouvernement n’en serait pas à son premier passage en force.

edit 09/04 - 15h35 : le gouvernement souhaite proposer le projet de loi en 2e lecture au sénat et à l’assemblée, cette dernière pouvant statuer définitivement sur l’adoption du texte. En effet, comme le prévoit la constitution :

Si la commission mixte ne parvient pas à l’adoption d’un texte commun ou si ce texte n’est pas adopté dans les conditions prévues (…), le Gouvernement peut, après une nouvelle lecture par l’Assemblée Nationale et par le Sénat, demander à l’Assemblée Nationale de statuer définitivement. En ce cas, l’Assemblée Nationale peut reprendre soit le texte élaboré par la commission mixte, soit le dernier texte voté par elle, modifié le cas échéant par un ou plusieurs des amendements adoptés par le Sénat

Reste à savoir quel texte sera soumis (celui issu de la CMP ou celui issu de l’assemblée) et quand. Roger Karoutchi annonce cela pour la rentrée parlementaire, à partir du 28 avril donc.

source : numerama

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La France des chiffres

par gawel 07/04/2009

On savait que le Saint-Chiffre (d’Affaires j’entends) imposait son règne sur notre beau Monde capitaliste… Mais depuis 2007 (année de l’avènement d’un certain gouvernement), ce sont d’autres chiffres qui régissent le pays. Je parle ici des objectifs de sanctions fixés par les hautes autorités…

Prenons l’exemple d’HADOPI dont nous avons pas mal parlé ici : Mme Albanel nous annonce à l’emporte pièce un objectif de 10 000 avertissements par jour, 3 000 lettres recommandées et 1 000 décisions par jour.

On peut prendre comme autre exemple celui de M. Besson, avec ses 26 000 reconduites à la frontière pour l’année 2009. (Rappelons que M. Hortefeux avait eu le même objectif, et étant un très bon élève, celui-ci l’avait largement dépassé affichant pas loin de 30 000 reconduites, chapeau !)

PV

Les chiffres dont je voulais vous parler aujourd’hui sont ceux qui ont été annoncés il y a de ça quelques semaines dans le magazine Auto Plus. Il s’agit des objectifs de contraventions à rédiger pour les fonctionnaires de “l’ordre” public. Parce que là il ne s’agit plus de sécurité routière malheureusement. Si à la base certains radars bien placés pouvaient effectivement améliorer la sécurité dans des zones dangereuses, ce point là (la sécurité donc) est devenu bien secondaire dans les mobiles de contrôles sur les routes. Voilà ce qui me gêne…

Alors on voit d’ici certains moralisateurs du type “suffit de pas dépasser les limites de vitesses”, ceux-là s’abstiendront s’il leur plaît, on connaît les limites à ne pas dépasser. Sauf que lorsque le contrôle se fait sur une autoroute complètement dégagée, sur une portion à 110km/h, passant à 130km/h 200m plus loin, et que vous êtes flashé à 120km/h, là on est très loin de la mesure de sécurité. Il ne s’agit même pas de vouloir rouler plus vite que la vitesse autorisée, juste une anticipation (à tort) de la future vitesse autorisée. Qu’on ne vienne pas me dire que dans ce cas on roule à une allure dangereuse, je n’en croirai pas un mot. Il s’agissait juste d’un des endroits les plus efficaces pour “faire du chiffre”…

Punissons l’individu moyen, c’est le plus facile à avoir, celui qui ne fait pas exprès d’enfreindre les règles, capable d’une faute occasionnelle comme tout être humain, et beaucoup trop honnête pour contester, ou ne pas payer. Celui-ci est la “vache à lait du gouvernement”, puisqu’en plus de ça il a les moyens de payer.

On dit merci qui ?

Edit du 08 avril 2009 : Autre chiffre, Eric Besson a reçu fin Mars dans une lettre rendue publique ce mardi un nouvel objectif qui est de 5000 arrestations dans l’année pour les personnes “coupables” d’aide à l’entrée ou au séjour d’immigrés en situation irrégulière. Si par cet intitulé vous pensez que l’état ne s’attaque qu’aux passeurs ou mafieux, détrompez-vous de suite, sont concernées toutes les personnes leur venant en aide, si vous hébergez un clandestin qui meurt de froid, que vous lui donnez un plat chaud et que finalement vous lui permettez simplement de survivre, vous êtes un criminel…

Dans cette même lettre est indiqué l’objectif de non pas 26 000 mais 27 000 reconduites aux frontières pour l’année 2009.

Humeurs

HADOPI, c’est fini

par alf 03/04/2009
© régis leroy - Creative Commons by-nc-nd

© Régis Leroy - Creative Commons by-nc-nd

Tout d’abord, je tiens à préciser pour les quelques naïfs qu’il reste en ce bas monde que l’article précédent sur Hadopi et le volte-face du gouvernement était une grosse baleine d’Avril. Maintenant, par “c’est fini”, j’entends le débat à l’assemblée, Hadopi a bien été voté et est toujours là, à peu près aussi moche qu’au départ.

Je vais tenter d’expliquer sommairement ce que prévoit ce projet de loi maintenant que les amendements ont été votés à l’Assemblée Nationale. Le texte devra toutefois passer en commission mixte paritaire (7 députés et 7 sénateurs) pour que le Sénat, qui l’avait déjà adopté, et l’assemblée se mettent d’accord. Car même si nul n’est censé ignorer la loi, tout le monde n’est pas censé la comprendre, il se peut donc que je fasse des erreurs dans ce que je comprends du texte et dans ce que j’ai suivi des débats en direct. Je vous serai reconnaissant de me les signaler en commentaire (avec lien à l’appui si possible).

Ce n’est pas une sanction, c’est de la pédagogie !

Lorsque la loi sera mise en application, si cela arrive un jour, les ayants droit pourront interpeler la Haute Autorité pour enseigner la bonne parole aux contrevenants. Si c’est la première fois que vous êtes pris à télécharger illégalement, l’Hadopi pourra alors vous envoyer un mail vous notifiant que “télécharger saymal ca empêche Taxi 12 de sortir”. Si vous recommencez dans les 6 mois, rebelote, un nouveau mail et éventuellement une lettre en recommandé. Si vous persistez à vouloir pourfendre l’industrie de la culture (sic), vous pourrez voir votre connexion internet suspendue pendant une période allant de 2 mois à 1 an ou recevoir une injonction de protéger votre connexion grâce à un outil de sécurisation labellisé par l’Hadopi. Il sera également possible avant la sanction d’avoir le droit à une transaction avec l’Hadopi : vous vous engagez à sécuriser votre connexion et votre suspension sera réduite à une période allant de 1 à 3 mois.

Grâce à l’amendement n°319, vous aurez 30 jours après la notification de la sanction pour saisir un juge compétent et espérer obtenir un sursis pour la sanction.

Condamné deux fois pour la même infraction ? que nenni !

Il sera non seulement possible pour les ayants droit de saisir l’Hadopi pour “défaut de sécurisation de votre accès à internet” mais aussi d’aller devant un juge civil ou pénal pour délit de contrefaçon (toujours 3 ans et 300 000€). En effet, Mme Albanel et M. Riester font dans la pédagogie, vous n’êtes pas sanctionné pour avoir piraté des œuvres mais de l’avoir rendu possible par défaut de sécurisation, que vous ayez téléchargé, ou quelqu’un d’autre ait utilisé votre connexion. De là à inciter les hackers en tout genre à tenter de spolier la connexion de Mme la ministre de la culture (industrielle), il n’y a qu’un pas. Quand à la présomption d’innocence, on en est loin puisque grâce au sous-amendement n°183, on apprend que l’on subit une privation de liberté par une autorité non judiciaire sur une présomption de culpabilité et non sur des faits avérés. Fort, très fort.

L’avenir en 1984

Reste que le fameux mouchard, système de sécurisation à installer si l’Hadopi nous l’ordonne, n’est pas défini. Les spécifications fonctionnelles seront définies par décret, ou comment reculer pour mieux sauter. A priori, il s’agirait d’un programme ou d’une puce qui transmettrait constamment son état à l’Hadopi et chercherait des contenus protégés dans les paquets réseaux. J’avoue que là, si quelqu’un a compris mieux que moi je suis preneur, si bien entendu quelque chose de clair a été précisé dans ce projet de loi pour corbeille à papier.

Toujours est il que l’avenir ne s’annonce pas réjouissant. Même si je souhaite une mise en application de la loi pour montrer à l’industrie de l’aculture que même sans piratage, personne ne veut payer leurs merdes, on peut parier sur un nouveau projet de loi dans 2 ou 3 ans. En effet, il ne va pas falloir longtemps pour que les internautes passent sur des réseaux P2P cryptés, par des routeurs anonymisant ou vpn comme celui proposé par The Pirate Bay. Toujours dépassé technologiquement et idéologiquement, les députés de la majorité n’auront alors peut-être plus d’autres choix que de faire ce qui a été évité avec DADVSI et Hadopi : interdire des logiciels, voire pire, interdire le chiffrement.

Pour conclure, je ne vous recommenderai que de privilégier les petits labels et la musique libre de Jamendo.

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