Mythos Dresden - Acte 1
Il y a trois ans, presque jour pour jour, je venais d’obtenir mon diplôme et je m’apprêtais à fuir. Partir à l’aventure comme j’avais toujours rêvé de le faire mais contraint à l’exil à cause d’un si banal chagrin d’amour. Et comme dans tout mal il y a un bien, la douleur était alors telle que je n’avais plus aucune peur de quitter mes amis, ma famille, mon confort.
Ce qui va suivre est la retranscription du carnet de route que j’ai tenu lors de mon périple jusqu’à Dresde, en Allemagne. Je suis parti avec quelques points de chute en tête mais les objectifs avaient au départ bien moins d’importance que la force qui m’a poussé pendant un mois et demi dans cette fuite en avant.
Dans ce qui va suivre, le contenu de mon carnet de route sera écrit comme ceci, sans être retravaillé, avec les fautes d’origine (sauf les plus grosses
), et les annotations rajoutées pour votre compréhension seront en italique. J’espère pouvoir vous transmettre ce voyage aussi bien intérieur que sous le soleil de ce bel été 2006 de la manière dont je l’ai vécu. En route pour la Neustadt !
Prologue
Lundi 3 juillet 2006 00:38, La Roche sur Yon.
Je passe mes dernières heures devant l’ordinateur avant un long moment. L’heure du départ approche.
Je voulais partir par colère, par envie de tout laisser derrière, tout le monde. Mais aujourd’hui, je ne me sens plus autant poussé vers l’aventure, peut-être parce que la peur de rester s’est rabaissée au niveau de la peur de partir, ou l’inverse. Ce qui est sur, c’est que rien ne me retient à La Roche. Et le fait que Flo ne semble pas mesurer les conséquences de mon départ ne me donne plus envie de rester pour elle.
J’ai vraiment l’impression d’être nulle part. De retour à La Roche, je n’y retrouve plus que ma famille. J’y rejoins Flo aussi. Donc uniquement ma famille … Dans trois jours, je serais vraiment nulle part. Injoignable par téléphone, personne ne saura exactement où je suis, et sans être au courant de ce qu’il advient de moi, je n’existerai plus au travers des autres. Livré à moi-même, mon existence ne relèvera que de mes actes et de mes pensées et pas de la perception qu’en ont mes proches.
j’ai l’impression d’écrire pour ne rien dire, juste histoire de passer le temps en attendant que le PC ait fini son boulot. Je crois aussi que je veux me familiariser avec ce nouveau cahier qui va me suivre durant ce périple. C’est peut-être aussi l’occasion de laisser quelques lignes qui me rattachent à La Roche. Mais c’est surement parce que je n’ai rien d’autre à faire à cet instant que j’écris. Ecrire, c’est parler à son ami imaginaire, à sa conscience, au monde. C’est se sentir moins seul.
Finalement, si je pars, c’est bien parce que cette solitude du voyage ne m’effraie pas plque que la solitude que je ressens ici. Pourquoi est-ce que j’aime tant Flo ?
Quand je serai parti, au moins il y aura surement moins de pensées tordues et plus de faits à raconter ici. Ou alors autant des deux et les nuits seront courtes. Une chose est sûre : je vais avoir chaud.
Première nuit
8 juillet 2006 20:22, Beaugency.
Ca fait deux jours que je suis parti et le voyage prend une toute autre tournure. Je pensais souffrir physiquement et moralement, mais les faits sont bien différents. Je suis allongé sur une couette au bord de la Loire, et quand je dis au bord, c’est à quelques mètres. Face à moi, j’ai le droit à un beau couché de soleil sur la ville (qui semble plus médiévale que renaissance).
Si j’ai le temps d’écrire ce soir, c’est que mes cinq compagnons sont partis travailler. Mais avant de raconter tout ça, je vais d’abord reprendre depuis le début.
J’ai quitté mon appartement, et Gaël par la même occasion, jeudi vers 15h. Je suis passé à l’office du tourisme à Nantes pour trouver le départ du GR3. A peine parti, je me suis acheté un flan au chocolat dans une patisserie, peut-être pour profiter une dernière fois au luxe qu’offrent les villes. Enfin surtout parce que j’avais faim en fait. J’ai filé qu’à l’endroit où se jette l’Erdre dans la Loire et j’ai trouvé le départ de mon chemin.
Gaël et moi jouions à l’époque dans le même groupe de rock, feu VoX :-p c’est toujours un ami proche et le deuxième auteur de ce blog.
La première partie n’était pas très passionnante : de la marche sur des trottoirs ou des chemins de cailloux entre la ville et le fleuve. Mais une fois sorti de Nantes, l’expédition est devenue plus rurale. J’ai longé Saint Luce où on découvre des sortes de bidonvilles faits de mobil-homes, de cabanes en bois et de rottweilers dans les jardins, la banlieue nantaise à son paroxysme en somme. Et pour ajouter au dépaysement, quelques carcasses de voitures, calcinées ou non, agrémentent le paysage trop vert pour la métropole. Cependant, le décor revient au propre après Sainte Luce, et de Thouaré à Mauves sur Loire, les chemins et les pistes se succèdent inlassablement. Tout comme se sont succédées les averses et les éclaircies. A part les jambes, j’ai réussi à rester au sec sous mon poncho, et heureusement, je n’aurai pas voulu me coucher trempé.
Mon objectif pour cette première journée était d’atteindre Mauves. Sur les panneaux, le parcours indique 13,5km. En comptant le départ de Commerce (la place du commerce dans le centre ville de Nantes), ça doit bien m’amener à 15km, ce qui me semblait un bon début pour une première demi-journée. Arrivé à Mauves, j’ai décidé de trouver un coin où manger, et vu le temps incertain, sous le pont traversant la Loire me semblait la meilleure idée. Mon premier repas à commencé au saucisson, et au moment de penser à me faire du riz, j’ai pris conscience que le reste de la bouffe était dans le fond du sac. Mauvaise organisation. Il devait être entre 19h et 20h ou peut-être un peu plus. Il s’avérait plutôt judicieux de trouver un coin où dormir et où déballer le sac pour finir de manger. C’était un premier cap car la carte du GR3 que j’avais récupéré à l’office du tourisme s’arrêtait à Mauves. Je partais donc enfin pour l’inconnu. Je me suis alors engagé sur la suite du sentier, suivant les balises blanches et rouges du GR pour un putain de trajet entre la voie-ferrée Nantes-Angers et une haie épaisse m’empêchant d’aller camper dans les champs. J’avais déjà les pieds en feu depuis Thouaré et une ampoule avérée. Après quelques interminables kilomètres, je suis enfin arrivé sur un petit terrain plus dégagé. Toujours les rails à gauche, mais un étang et des champs à ma droite. Face à moi, le chemin se transformait en une petite route pavée qui montait jusqu’au passage à niveau du Cellier. A vu de nez, j’avais du faire près de 20km et je n’en ferais pas un de plus. Je me suis arrêté au bord de cette route sur une petite terrasse en herbe de quelques mètres, surplombant l’étang et les champs en contrebas.
Il m’aura fallu remplir deux fois mon réchaud à alcool pour réussir à faire cuire mon riz, avec pour seuls accompagnements un peu de sel et un cube de bouillon. Pour l’anecdote, mon réchaud est fabriqué à partir d’une canette de coca en suivant des plans trouvés sur le net (http://www.randonner-leger.org/wiki/doku.php?id=p3rs). Le rendement est pas si mal vu la simplicité de l’outil.
Après une tisane en guise de dessert, je me suis occupé du montage de la tente alors que la nuit commençait déjà à tomber. Mais ce qui devait me prendre dix minutes a pris près d’une heure car le sol était pourri. Sous les trois ou quatre centimètres de terre molle et trempée, il y avait de la pierre et rien que de la pierre. En plantant les sardines parfois quasiment à l’horizontale et à l’aide d’un peu de paracorde, j’ai finalement réussi à faire tenir sommairement ma nouvelle maison de fortune. Il ne me restait plus qu’à prier qu’il ne pleuve pas.
Cette première nuit, il n’a pas plu.
La suite demain soir