Mythos Dresden - Acte 5
Cet article fait suite à la quatrième partie.
Une nuit chez Nicole
Je suis entré hier soir dans ce bar à vin où en 5 minutes, Nicole, une femme enceinte de 36 ans, m’a convié à la Stammtish, la table des habitués. Elle devait juste être employée ici, Krystel (encore une) devait être la gérante. Nous avons alors discuté autour d’un verre de vin et ce, malgré mon allemand encore déplorable. Elle m’a aussi offert une glace en plus des verres que je n’ai pas payés. A ce moment là, je ne m’inquiétais plus d’où j’allais dormir, ca m’était égal. C’est alors qu’elle m’a proposé de planter ma tente dans son jardin. C’était inespéré et j’étais pas bien sûr d’avoir compris. Entre parenthèses, le bar était magnifique, tout en bois, accueillant, calme, tout ce que j’aime.
Mes doutes se sont envolés quand je suis monté dans sa voiture et que nous sommes partis à 3km de Limburg pour atterrir dans son appartement où elle vivait seule. Son mec l’ayant quittée après 11 ou 12 ans de vie commune et après l’avoir mise enceinte. Triste mais tellement banal.
Finalement, j’ai carrément eu le droit au canapé. Si les allemands ne sont pas accueillants, je suis russe. Je pensais encore passer une bonne nuit mais une envie de gerber m’a réveillé à 2h. Décidément je dors presque mieux dans ma tente.
Ce matin (enfin, je rattrape le présent), le réveil a été un peu violent. Elle m’avait dit qu’elle allait petit-déjeuner chez ses grands-parents mais j’avais cru comprendre que j’avais le choix entre dormir et venir. En fait, il s’est avéré que j’avais le choix entre venir ou partir. A peine réveillé, j’ai donc remballé mes affaires et nous sommes allés prendre le petit dej’ chez ses grands-parents. Encore un petit dej’ allemand avec des œufs, du fromage, mais heureusement, du beurre et de la confiture.
Elle m’a alors déposé dans le centre sur la route de Gießen, ma prochaine étape. Mais pas trop réveillé, j’ai repris le chemin du centre et ça fait 1h30 que j’écris là. Je bois du coca sur une terrasse, en plein cagnard. Je vais reprendre la route vers Gießen, je crois que je suis réveillé maintenant.
Voila, j’ai rattrapé mon retard et j’ai goûté franchement à l’hospitalité des allemands. Il est temps d’avancer. J’espère être à Dresde dans 2 ou 3 jours. Heureusement le soleil est revenu. A plus tard
Coup de pompe
23 juillet 2006 19:10, Gießen
Depuis ce midi, je n’ai fait qu’une quarantaine de kilomètres. J’ai essayé le stop pendant une heure, mais ça n’a pas marché. J’ai alors èré à la gare où j’ai mangé un sandwich, puis je me suis décidé à prendre le train. C’était beaucoup trop cher jusqu’à Erfurt alors pour 9€ je suis venu à Gießen.
Je me sens pas très bien là. Un peu la nausée, très fatigué, encore aucune idée d’où je vais pouvoir dormir cette nuit, mais bon, tant pis.
J’ai encore le temps de faire une bonne rencontre. Enfin je crois que je vais chercher un camping ou une auberge de jeunesse d’abord. Je me sens pas capable de dormir dans un champ ce soir même si je crois que je vais pas avoir le choix.
Ca doit être le premier jour où je pense vraiment que je serais mieux dans mon lit.
Ca fait depuis Troyes que j’ai une sorte d’infection urinaire et des plaques de boutons dans le bas du dos. En gros, là c’est le gros coup de pompe. J’aimerais tant une nuit de 12h sans me réveiller. Le pire c’est peut-être que je suis perdu au milieu de l’Allemagne, à encore au moins trois jours de Dresde si le stop marche. Je ne peux qu’avancer, lentement mais surement. Et puis je supporte de moins en moins les transports, ça doit être psychosomatique.
Les seules choses qui me remettent un peu d’aplomb, ce sont les coca en terrasse. J’oublie que je suis nulle-part. Je me sens un peu plus chez moi si j’écoute pas toutes les discussions en allemand. Ca reste toujours incompréhensible d’ailleurs.
L’argent part à toute vitesse pour des petits réconforts de ce genre là, les verres, les clopes, les toilettes publiques. J’évite les petites emmerdes quoi.
Ca fait aucun doute, la langue n’aide pas. En France, je stressais moins. Là, les moments d’euphorie comme la Weinhaus (le bar à vin pour les non germanophones) s’effacent d’un seul coup dès qu’un coup de barre survient. Car je ne peux jamais être sûr des bonnes choses qu’il va m’arriver alors que je sais que je vais en chier. C’est ce que je voulais, il faut que j’arrête de me plaindre.
Depuis deux jours, je marche tellement peu que j’ai plus vraiment mal. C’est peut-être ça le problème chez moi : lorsqu’un mal s’en va, il faut remplir le trou. Sans douleur, pas de vie. J’ai quasi pas mangé aujourd’hui en fait mais je n’ai pas vraiment faim. Je devrais peut-être reprendre la marche sur les départementales car j’ai en plus l’impression que le taux de cons est supérieur en ville. Enfin ça doit être pareil, mais en valeur absolue, ça fait plus.
Comment je peux faire ce soir ? draguer les minettes pour trouver un toit ? je crois pas que ça marcherait. Au passage, toutes ces lignes montrent à quel point je ne pense pas trop à Flo. Enfin surtout, là où je suis, je sais qu’elle ne peut rien pour moi. C’était peut-être une connerie de croire l’inverse à Nantes. Nevermind. Ici au moins, je vies dans le présent. Aucune idée d’où je serai demain et plutôt concentré sur les problèmes de l’instant. C’est pas de l’argent que je donnerais là pour un toit et une grasse mat’, c’est mon âme. L’argent je l’ai.
J’ai envie de rester en ville parce que c’est moins dur psychologiquement mais s je cherchais tout de suite un endroit où dormir ça serait moins dur physiquement. Même assis, j’ai à moitié des vertiges.
Putain, la serveuse pourrait pas entamer la conversation ?
Ah j’oubliais, un gars à la gare a voulu me vendre un billet de train pour toute l’Allemagne. Ca vaut 33€ je crois. Je pourrais peut-être prendre ça et être à Dresde demain. Je verrais demain de toute façon.
Il est 19h50, il fait 29°c, je finis mon coca et je me remets en route. J’en ai presque les jambes qui flagellent rien que d’y penser. Ich bin so müde.
22:35
Je suis dans un camping quelque-part près de Gießen. Les rencontres que je fais me font marrer. Tout à l’heure la serveuse m’a indiqué un endroit où il y avait un camping et quel bus je devais prendre. Après avoir trouvé le bus, je ne trouvais pas l’endroit donc j’ai laissé tomber. J’ai commencé à marcher en direction de Alsfeld, la prochaine étape, et à la sortie de la ville, je suis tombé sur un village militaire américain avec deux gardes armés qui faisaient le guet devant. Un mec et une magnifique blonde. Je leur ai demandé où je pouvais trouver un camping dans le coin (”Wissen Sie, wo ich ein camping Platz finden kann ?” combien de fois je l’ai dit ?). Et apparemment, il n’y en avait pas dans le coin. Et puis une amie de la fille s’est pointée et elle m’a emmené dans un camping près de chez elle. Le mec s’était aussi proposé pour m’amener après sa garde.
Et bien me voila dans un gros camping de bofs où il n’y a que des allemands, où c’est 7€ la nuit et où il ne semble n’avoir qu’un chiotte et qu’une douche pour tout le camping. Je viens de me bouffer une vilaine part de frites. Par vilaine j’entends pas très bonne. Bon, pour se consoler, y’a de la bonnasse, mais bon, je vais me coucher avant de parler à qui que ce soit.
Là je suis à la terrasse du bar du camping, en train de boire mon quatrième coca de la journée. Décidément, plus j’arrive à mes limites, plus je dépense.
Ah! pour l’anecdote, tout à l’heure, un couple baisait dans l’herbe à une vingtaine de mètres des gens, dans la pénombre du crépuscule. Je sais pas si les gens faisaient semblant de rien mais c’était quand même flagrant.
Les campings, ce sont déjà des gens bizarres qui y vivent, mais les campings allemands avec de la house jusqu’à 1h, ça dépasse l’entendement.
Bon allez, je paie mon coca et je vais me coucher si je rencontre personne dans les 10 minutes.
24 juillet 2006 11:15, près de Gießen
Je suis toujours au camping. J’ai bien dormi cette nuit. Environ de minuit à 9h. J’ai pris une douche froide, j’ai remis un t-shirt normalement propre mais qui pue. Ca fait quand même du bien. Je fais tâche au milieu de tous ces touristes en maillot de bain au bord du lac. Je suis pas en avance, j’espère vraiment que le stop va marcher car j’aimerais bien être à Erfurt ce soir. J’attends que ma serviette sèche sinon elle va vraiment puer ce coup-ci.
En une heure ou deux je peux être à Alsfeld et ensuite en trois ou quatre à Erfurt. Va vraiment falloir que le stop marche.
J’ai discuté 5 minutes avec un mec dans la douche. Sympa. C’est con, à chaque fois que je cause à quelqu’un c’est cool, dommage que ça n’arrive pas plus souvent.
Ce matin mon ptit dej’, ça a été un twix et un fanta. Il est temps que je refasse quelques courses.
A fumer ma clope au bord du lac, je constate à quel point mon pantalon a viré au gris. Il est vraiment temps que j’arrive à Dresde pour faire une grosse lessive. Bon, je finis mon fanta, je profite une dernière fois des chiottes et je me casse de cet endroit trop vacances pour ne pas être frustré.
Ah, il semblerait que l’entrée à la plage soit payante. Décidément, il ont des mœurs bizarres ici.
La vie en Allemagne semble décidément plus chère qu’en France.
En fait, je mets de plus en plus de temps à décoller le matin. C’est sûrement parce qu’une fois que j’ai pris mes repères, ça devient difficile de repartir vers l’inconnu.
Héhé, y’a du Johnny et du Lara Fabian à la radio là. Un peu de français …
J’hallucine un peu sur les deux poufs en face. Hormis le fait qu’elles se fassent leur petite manucure sur la plage, y’en a une qui vient de changer de maillot. 2 maillots pour aller à la plage …
Demain, le 6e et dernier épisode qui nous amenera finalement à Dresde avec encore quelques rencontres originales
J’ai marché sous le cagnard jusquà Saarburg où j’ai décidé de prendre mon temps. J’ai mangé sur un parking au bord de la route avant d’entrer dans la ville. Je me suis ensuite assis à l’ombre au bord de la Saar, je suppose, et je n’ai pas résisté à ma première Spaghetti Eis depuis 9 ans.
J’ai tenté le stop à la sortie d’Hermeskeil mais je ne le sentais pas. J’ai donc marché 3km jusqu’à la route de Morbach. Là, j’ai été pris et déposé quelques kilomètres plus loin. Après plus d’une demi-heure d’attente et avoir retourné mon sac pour cacher mon drapeau français, un gentil père de famille m’a pris. Il y avait aussi son fils il me semble et une amie de son fils. Il m’a dit qu’il avançait au-dessus de Mainz, ce qui était plus que bien. On a alors roulé un moment, faisant une pause à Simmern où il m’a offert le mac-do puis nous sommes allés jusqu’à Herold je crois pour déposer Clara chez ses parents. Nous avons du traverser le Rhin par le bac, c’était marrant et surtout la région était magnifique.