Mythos Dresden - Acte 2
Cet article fait suite à la première partie
Première rencontre
23h53
Avant d’expliquer pourquoi et comment je viens de passer la soirée à me gaver de frite devant Allemagne-Portugal, avec en prime un whisky-coca, je vais reprendre où je me suis arrêté.
Vendredi matin, réveil à 7h avec toujours le même mal aux jambes et aux pieds. Pour ne pas changer, mon petit déjeuner se compose de ma tisane verveine-menthe et d’une barre de céréales. Après une clope et un brossage de dents, il a fallu replier la tente toute humide à cause de la rosée. Mais c’est aussi tout un rituel : pliage et compressage du duvet pour le faire loger dans le sac et enroulage du tapis de sol, ce qui ne manque pas de le salir dans les cailloux, un petit brin de toilette pour se rafraichir et c’est reparti avec les 15kg sur le dos.
Cinq minutes après mon départ, une camionette du service communale s’arrête où j’ai dormi. Je viens peut-être d’éviter de me faire réveiller et virer dès le premier jour.
Etant donné l’état de mes pieds, je décide qu’aujourd’hui sera de l’auto-stop. Je marche quelques kilomètres, interminables à cause de la douleur, pour arriver sur la route Nantes-Ancenis. Après quelques centaines de mètres, je trouve enfin un endroit propice pour faire du stop. Moins de cinq minutes après, un jeune s’arrête et m’amène jusqu’à Ancenis. Je traverse le rond-point et cinq minutes plus tard, c’est un couple de trentenaires qui me prend et me dépose à Saint Georges sur Loire. Le temps de fumer une petite clope et je m’y remets. Environ cinq minutes plus tard, une cinquagénaire m’amène jusqu’au centre d’Angers. Mes parents essayaient de me convaincre que le stop ne marchait plus de nos jours. Soit j’ai vraiment une bonne tête, soit ils ont tord.
Une fois à Angers, je me suis trainé jusqu’en dehors de la ville, avec les pieds plus douloureux que le matin. J’ai fait une petite pause soucisson en attendant de manger mon riz à Saumur. A peine reparti pour trouver un endroit ou faire du stop que je dois m’arrêter pour mettre un nouveau pansement sur trois ampoules cote à cote. Compeed, ça fait du bien où ça fait mal. Je traverse le parking d’un centre commercial et je commence à faire du stop sur la route de Saumur. Si j’avais les pieds en état, j’aurai préféré la campagne plutôt que de devoir traverser le béton et les parkings de Quick.
A peine plus de cinq minutes plus tard, ma clope à peine commencée, un mec d’une quarantaine d’années me prend. Un gars gentil mais bien bouseux, qui s’adresse à moi à la troisième personne : “y peut r’monter la fenêtre si l’a trop d’air”. N’ayant pas compris sur le coup, je sors un vulgaire “hein ?” et il me répète : “vous pouvez remonter la fenètre …”. Note pour plus tard, la troisième personne est une formule de politesse, certes un peu rustre mais attachante.
Il me dépose à Mazé, à 29km de Saumur. Je marche 300m jusqu’à un parking en bordure de route et je reprends le levé de pouce. Au passage, lever le pouce, c’est vite fatigant quand on a pas l’habitude.
Et là, pour une fois, j’attends plus de 25 minutes en plein cagnard. Une camionette de jeunes cons fait mine de s’arrêter pour se foutre de ma gueule. Y’a vraiment des baffes qui se perdent. Mais l’instant d’après, j’entends des coups de klaxon derrière moi et je vois une autre camionette arrêtée à une centaine de mètres. Au début, je suis sceptique, redoutant de faux espoir, la camionette étant arrêtée après le parking. Pourtant la personne me fait des signes. J’avance pour me rendre compte que c’est une charmante jeune fille et non la famille qui m’avait croisé au même moment. Elle me demande où je vais et m’embarque dans son véhicule.
Céline a en fait 31 ans et est en route pour Beaugency. Elle est comédienne, un peu babacool, et se rend là-bas pour animer un labyrinthe de maïs. Beaugency se situe entre Blois et Orléans, c’est à dire exactement sur ma route. Après un momet d’hésitation du au fait que je n’ai toujours pas mangé et que la route me file la nausée, j’accepte d’aller avec elle jusqu’à Beaugency. Ca serait tout de même con de laisser tomber une bonne rencontre, d’autant plus qu’elle me propose de squatter avec elle et les autres comédiens au camping.
Voila donc comment j’e me suis retrouvé au camping “Val de flux”. J’ai rencontré Vincent, Denis, Clémence et Yohan, ses camarades comédiens qui travaillent avec elle, et depuis deux jours je me la coule douce en campeur du dimanche. Le stage de survie est encore loin à ce stade.
Si j’ai le temps d’écrire ce soir c’est qu’ils font tous une nocturne de 22h à 2h où le but est de faire flipper les gens et pleurer les enfants, déguisés en sorcières, loups, lépreux, fantomes, … Les consignes peuvent paraître un peu extrêmes, mais elles semblent bien à l’image du patron de ce mini parc à beaufland.
Ce Jean-Claude est décrit comme un facho qui se prend pour le parrain de sa petite mafia à Beaugency. C’est drôle vu d’ici.
Ce soir, j’ai raté une occasion de participer à l’animation. Il manquait un comédien et Vincent m’a appelé en renfort. Malheureusement j’avais éteint mon portable et j’ai eu le message 3h plus tard. Je viens de rater une bonne partie de rigolade et 45 euros. C’est peut-être partie remise.
Lorsque le vent porte et traverse la Loire, j’entends les fantomes du maïs pousser leurs cris dans le labyrinthe hanté.
La fatigue me gagnant, je vais en rester là pour ce soir, d’autant plus que je ne me sens pas assez seul pour écrire des centaines de pages par jour. Et puis, il y a un pc portable, une guitare, Flo a essayé de m’appeler; je me sens décidément pas en survie, à mes limites.
Bonne nuit à moi.
Mardi 11 juillet 2006 1:22
Ce soir, ça a beaucoup discuté avec Clémence, Céline et Vincent. Pour la première fois depuis des mois, j’ai écouté. Je n’ai presque pas parlé. Céline a longuement parlé de la mort de ses grands-pères et ça a fait remonter les morts de mes placards. Le whisky et le pèt’ n’aidant pas, j’en ai eu les larmes aux yeux. J’avais oublié la tristesse et la douleur depuis quelques jours. La sensation est bizarre, je ne me sens pas seul et pourtant je le suis. J’aurais besoin d’affection et pour une fois, je n’ai personne vers qui me tourner. Ce n’est pas celle de Flo qui me manque, car là où je suis, vu la situation, je vis sans, sans trop de peine. J’aurais bien aimé que Céline me rassure, sans qu’il n’y ait de connotation sexuelle derrière. En effet, j’ai fantasmé sur les voisines hollandaises toute la journée, mais ce soir, je voudrais juste une grande soeur qui me sert dans ses bras. Enfin un peu plus bien sûr, mais je ne veux pas pour autant coucher avec Céline. Juste pour être dans des bras qui me rassurent.
Je repense à Cédric et au serment que je me suis fait de ne jamais le laisser tomber. Comment en est-on arrivé là ? En plus, j’ai rêvé de lui cette nuit.
Cédric avait été mon meilleur ami pendant une vingtaine d’années et sortait alors avec Flo depuis 3 ans.
Demain, ça ira surement mieux.
Pour ce qui est du train-train quotidien, aujourd’hui, on est allé sur une petite plage à coté du camping et on s’est baigné dans la Loire avec Yohan, Clémence et Vincent. Résultat des courses : on est rouge et on a bien chaud maintenant. Mais Céline m’a mis de la crème, ça fait du bien.
Demain, c’est mon avant-dernier jour ici, et après je remets les voiles vers le Luxembourg. Je ne voulais pas m’arrêter plus de deux jours dans un endroit, mais là c’est raté. Même si je ne peux pas encore affirmer que je me suis réellement attaché à ces comédiens du Maïs, les quitter sera dur tellement je retrouve les joies du camping de l’adolescence.
Allez, je m’en vais cuire dans mon duvet.
Mercredi 12 juillet 2006 13:09
Hier, je suis allé voir les hollandaises quand tout le monde s’est couché. On a discuté et bu du vin rouge. Mais ce coup-ci, je n’ai pas pu m’empêcher de raconter la vue pendant 2h, peut-être parce que c’est plus facile de parler anglais que de comprendre. Ce matin, elles sont venues prendre le petit déjeuner avec nous. Maartje and Crystel are very nice girls
Aujourd’hui, je passe la journée avec Céline et Denis, ça va changer pour mon dernier jour. Bon, même si Céline est pas d’une humeur folle ce matin, ça devrait être cool, paisible. Finalement ce midi, j’ai pas grand chose à raconter. Je pense au départ. Hier, je me sentais encore seul. J’écoutais plus Noir Dez que la conversation théâtreuse. La durée du séjour est parfaite, il commence à être temps que je parte.
Demain, la suite racontera le départ de Beaugency et la route jusqu’à Luxembourg, mon premier point de chute prévu.